• interview #3 juillet 2017

    Laurène Carmona

    "No Waves" 2016, 11'12

    Rencontre avec la réalisatrice Laurène Carmona autour de No Waves, son film de fin d’études à la LUCA School of Arts de Bruxelles.

     

    No Waves suit trois amis, des jeunes adultes, qui partent en voyage, dans l’espoir de quitter temporairement leur routine et vivre quelque chose de spécial. Mais le voyage est totalement raté : l’endroit est sinistre, ils s’ennuient, ils n’ont rien à se dire…

    L’idée première du film était des mecs qui se retrouvent dans une situation où tout est constamment nul, au point zéro. Je voulais qu’ils soient dans l’ennui total à se demander sans arrêt quoi faire pour s’occuper, aller à la plage en plein hiver dans une station balnéaire belge vidée me semblait un bon point de départ. On est complètement à l’opposé de l’imagerie habituelle idéalisée de vacances, lorsque rien ne correspond aux attentes.

     

    On est loin aussi de l’image rêvée de la bande de potes. Le film questionne plutôt l’épuisement de l’amitié, comment un groupe d’amis évolue lorsque ses membres ont besoin d’autre chose.

    Ce thème a émergé d’avantage au montage et c’est là qu’il m’a semblé nécessaire d’ajouter une voix off. Je me suis rendue compte que No Waves répondait à un film que j’ai réalisé en 2013, Juvéniles, qui traitait de la construction d’un groupe d’amies. Je crois que la question du groupe est vraiment quelque chose d’important pour moi, j’y réfléchi beaucoup. Y appartenir ou pas ? À quel point ?
    Au début de l’adolescence, vers 14/15 ans, c’est assez déterminant la façon dont on se réuni, se rallie les uns aux autres, en général ça se fait à travers des idées et des goûts fournis par la tendance, les marques et la culture de masse. On a besoin de ce sentiment d’appartenance pour gagner en confiance en soi, l’image d’un groupe renvoie une image forte. Ensemble nous sommes spéciaux, nous valons quelque chose, nous nous affirmons personnellement en grandissant à travers le collectif. Mais il y a aussi le risque de rester « coincé » lorsque l’on commence à grandir… Le groupe peut devenir une solution de facilité, parce que c’est plus simple de se laisser guider, de suivre, de réfléchir en groupe, plutôt que de se retrouver seul face à qui on est. L’histoire de No Waves, c’était un peu ça : se rendre compte, juste en sortant de son quotidien, qu’on est finalement pris au piège.

     

    Comment as-tu travaillé sur la voix off ?

    J’étais bloquée au montage, il manquait quelque chose. J’ai demandé à un ami écrivain, Hector Latrille, de regarder mes précédents films, de lire mon mémoire, de regarder les rushs du film et de m’envoyer des notes, des choses qui lui venaient en tête. Nous nous sommes ensuite retrouvés pour reprendre tous les bouts de phrases qu’il avait écrits et nous avons composé le texte ensemble. Je travaille souvent comme cela, c’est au montage, plutôt qu’à l’écriture, que certains propos et thèmes émergent réellement.

     

    Tu es en train de monter ton premier long métrage. De quoi s’agit-il ?

    C’est assez proche de No Waves dans l’idée de l’amitié. Je l’ai écrit comme un faux thriller, je ne sais pas encore ce qui va rester de cette idée ! C’est basé sur le quotidien de quatre personnages à Charleroi, ville belge pauvre et industrielle.

     

    Pourquoi avoir choisi le format du long ?

    J’ai écrit le script comme une mini série de quatre épisodes, mais je me suis rendue compte au montage que c’était beaucoup plus intéressant de tout rassembler. C’est comme ça que c’est devenu un long métrage. Au départ avec le format série j’avais 1h10 de film, actuellement il ne dure plus que 45 minutes. Mais je ne l’ai pas fini, le montage risque encore d’être chamboulé.

     

    Comment sera-t-il diffusé ?

    Il sera en ligne sur mon site en septembre !

     

     

    5 vidéos choisies par Laurène Carmona :

     

    • Laurène Carmona, "No Waves", 2016

    • Laurène Carmona, "No Waves", 2016

    • Laurène Carmona, "Loin des yeux loin du cœur", sortie sept. 2017