• interview #1 juin 2017

    Baptist Penetticobra

    "Nobody" 2016, 4'22

    Nous sommes ravis d’inaugurer les interviews de la Salle 4 avec le réalisateur Baptist Penetticobra. Découvert avec Entertainment Capital of the World, son film de fin d’études à l’École des arts décoratifs (2014) puis avec sa série The Game of Life (réalisée en 2015 avec Naia Lassus), Baptist Penetticobra a reçu cette année une mention spéciale du jury du Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand pour son film For Real Tho (2016). Nous avons souhaité discuter avec lui de l’une de ses dernières réalisations, le clip Nobody pour Myth Syzer & Ikaz Boi.

    Le clip Nobody se situe véritablement dans la continuité de tes films. L’actrice par exemple, Carmelle Rukiza, jouait déjà dans For Real Tho, n’est-ce pas ?

    Oui, j’ai remarqué que j’ai tendance à garder un acteur découvert lors de mon dernier film pour en faire le personnage principal du prochain projet. Piper Lincoln, qui jouait dans Entertainment Capital of the World, est devenue le personnage principal de The Game of Life. Pendant le tournage de The Game of Life, j’ai adoré Jamar Taylor, qui a eu ensuite une place importante dans For Real Tho, où j’ai découvert Carmelle Rukiza. Il y a un rapport de fascination, lorsque je trouve un nouveau personnage, je n’ai pas envie de le lâcher tout de suite.

    Le clip comprend également une scène où la jeune femme s’adresse directement aux spectateurs, procédé que tu utilises régulièrement.

    En effet ! C’est toujours comme ça, je commence en faisant croire aux gens que je ne vais pas le refaire, et puis (rires)… Si Naia (Lassus) n’avait pas co-réalisé The Game of Life avec moi, il est possible que tous les dialogues se soient transformés en monologues. J’accorde moins d’importance à la fiction qu’à ce que la personne va dire, la blague qu’elle va faire, ou la sonorité des mots. Très vite, je ne trouve plus d’intérêt à ce qu’un personnage lui réponde, j’ai juste envie qu’elle se retourne vers la caméra et qu’elle parle. Je trouve ça plus fort. Avec le temps j’ai commencé à me demander si il n’y avait justement pas un lien entre mes monologues et le rap, quelque chose davantage en rapport avec le débit de paroles, des suites de mots qui vont créer des sons et du relief, qu’à une situation de personnages.

    D’où ton intérêt pour la réalisation de clips ?

    J’adore le rap. C’est surement la forme d’art qui m’intéresse le plus aujourd’hui, la plus directe, la plus contemporaine, celle qui fourmille le plus, pourtant, au niveau de la vidéo, il ne se passe rien ou très peu, la plupart des clips sont paresseux, stéréotypés… Essayer de changer le clip de rap est un défi intéressant sur lequel j’ai envie de continuer à travailler. C’est un espace qui n’a pas été encore trop investi, où l’on peut dire des choses. Et puis l’aspect hybride du clip est aussi quelque chose qui me plait. C’est assez proche de ce que je fais : ce n’est pas un film, ce n’est pas une vidéo d’art, ce n’est pas un clip… on ne sait pas trop !

    Pourquoi avoir choisi de tourner le clip avec un format vertical de smartphone ?

    L’envie vient notamment d’une énorme collection de vidéos que je télécharge depuis youtube, tumblr, instagram ou snapchat. Ce sont des moments de vie américaine, des trucs bizarres, comme une vidéo d’un ours qui se balade dans une ville en plein jour, ou des vidéos de bastons… Elles me servent à réfléchir, à imaginer des situations, à me constituer des références visuelles. Elles ont une atmosphère particulière, et il se trouve qu’elles sont toutes filmées en format iphone. J’aime beaucoup l’idée que les gens filment à la verticale simplement parce que le téléphone a été designé pour être tenu de cette façon, et que cela influence une autre manière de faire de l’image. Déjà pour For Real, l’idée de tout filmer dans ce format me travaillait, mais le dispositif était déjà assez fort, avec les vidéoprojections en arrière-plan. Je ne voulais pas me priver d’expérimenter avec ça en rétrécissant le champ. J’avais décidé de garder cette idée pour un projet plus court. Le jour du tournage du clip, j’ai pourtant beaucoup hésité. Nous avions du matériel de qualité et quand on a mis les caches sur cette magnifique caméra, je me suis dit que c’était vraiment fou ! Mais très vite, on s’est rendu compte que cela ouvrait des possibilités incroyables au niveau du cadre. C’est une belle contrainte, qui va à l’inverse de la réalité virtuelle et du 360 degrés dont on parle beaucoup.

    La plupart de tes films sont disponibles en ligne, que ce soit parce que tu as choisi de les y mettre, comme ton film de fin d’études, ou parce qu’ils étaient destinés à une diffusion sur internet, comme The Game of Life et Nobody. Est-ce que le fait de savoir qu’un film sera d’abord visionné sur des écrans d’ordinateur a un impact sur ta façon de travailler ?

    Quand je réfléchis à un film, je pense souvent plus à l’ordinateur qu’à une diffusion en salle. D’abord parce que la qualité et les conditions de projection peuvent beaucoup varier d’un endroit à l’autre. Entre une mauvaise projection et un bon visionnage sur ordi, je choisis plutôt le second. Ensuite, parce que j’ai monté et étalonné tous mes films sur un petit macbook. Il y a quelque chose de nomade et rapide que j’aime. Même pour regarder des films ou des séries, d’ailleurs. J’ai un vidéoprojecteur chez moi mais je ne l’utilise jamais.

     

    5 vidéos de la collection de Baptist Penetticobra :

    Quant à nous, on vous conseille aussi son dernier clip : Love is a Soft Machine, pour Rocky.

     

    Propos recueillis par Anna Hess

    • Baptist Penetticobra, "Nobody", clip pour Myth Syzer & Ikaz Boi, 2016

    • Baptist Penetticobra, "Nobody", clip pour Myth Syzer & Ikaz Boi, 2016

    • Baptist Penetticobra, "Nobody", clip pour Myth Syzer & Ikaz Boi, 2016