• interview #2 juin 2017

    François Roux

    "Œgg" 2016, 3'56

    Nous rencontrons cette semaine François Roux, pour discuter d’une série de quatre vidéos, Œgg. Basé à Lyon, François Roux a exposé en 2016 à Jeune Création, au Salon de Montrouge ainsi qu’au YYZ Artists Outlet à Toronto au Canada.

     

    Quel est ton processus de travail ?

    Il n’a pas beaucoup changé depuis la période où je faisais presque exclusivement de la photographie. Même s’il comprend maintenant le mouvement et la variation, notamment par la vidéo et le son, il s’agit toujours de rendre les apparences à ce qui les génère. Et c’est assez similaire d’un projet à l’autre. D’ailleurs je ne travaille pas par projet, mais plutôt par phase. J’utilise l’environnement comme une matière neutre. Certains espaces, endroits ou paysages, présentent cette neutralité et m’attirent. Je réagis beaucoup à l’instinct, je peux suivre un rayon de soleil ou un son, c’est assez expérimental sur le terrain. La phase suivante est un travail de composition. Un travail que j’aime définir comme pictural, dans le sens où je m’intéresse plus à des processus de peintres que de cinéastes.

     

    Œgg est une série de quatre courtes vidéos. Quel a été le point de départ de ce projet ?

    Tout a été filmé et enregistré sur la Colline de Fourvière, à Lyon. Cette colline a une histoire religieuse et ésotérique intéressante. À Lyon, on l’appelle la « colline qui prie », en opposition avec la Colline de la croix Rousse, surnommée « la colline qui travaille » en référence à son passé industriel. J’ai découvert par hasard, en me promenant, que la Colline de Fourvière abritait de nombreuses cryptes et souterrains. J’étais intéressé, notamment sur un plan symbolique, par cette expérience d’un jeu perpétuel entre descendre, puis remonter à la surface, redescendre, et ainsi de suite. Je souhaitais composer avec les vidéos que j’ai faites là-bas quelque chose qui toucherait à des symboles universels, par exemple l’arbre de vie que l’on retrouve dans différentes civilisations, le haut et le bas, le secret et le manifesté, l’ésotérisme et l’exotérisme… et toujours revenir à cette zone de surface. Pour cela, j’ai voulu réduire les vidéos au maximum, faire les plus petits montages possibles, juste deux images, et une seule coupure renvoyant à ce qui est hors-champs, ce qui n’est pas filmé, la surface même.
    La vidéo et la photographie ont ceci de particuliers qu’ils parlent justement de la surface, c’est lié au langage propre de l’image, ce que toute forme d’approche poétique veut transpercer. On doit percer la surface du monde telle qu’on la perçoit pour voir ce qu’il y a derrière. C’est une démarche d’apprentissage du visible, d’interrogation de son apparente évidence. Ce sont des questions que les peintres se sont toujours posé, et que j’essaye simplement de reposer avec des médiums d’aujourd’hui.

     

    On retrouve cet aller-retour entre l’extérieur et le souterrain dans une vidéo que tu as récemment mise en ligne sur ton site, Passion. À la différence de Œgg, Passion met en relation deux vidéos sur le même écran, est-ce la première fois que tu utilises ce procédé ?

    Passion est en fait destiné à être diffusée sur deux écrans ou deux projections distinctes. Elle est présentée comme cela sur mon site pour des questions de synchronisation sonore. Je crois que l’on peut retrouver ces agencements de dualités contrastantes dans l’ensemble de mon travail. Considérer et accepter le caractère polaire de tout ce qui nous entoure est pour moi la seule façon de trouver le centre, de trouver ce qui unit ces deux pôles. Dans Passion, qu’il s’agisse de l’équilibre entre le flou et la netteté, le noir et blanc et la couleur, c’est encore la traversée par le centre qui réconcilie l’un et l’autre. Comme la brièveté des plans souterrains le suggère, ce point d’équilibre central est rare et précieux, il est difficile d’y séjourner longtemps.

     

    Tu diffuses la plupart de tes vidéos et tes photographies sur ton site. Comment s’est fait le choix de montrer ton travail sur internet ?

    Partager en ligne mon travail me semblait déjà une évidence au début. C’était comme un prolongement de mon outil : l’image numérique. J’avais l’impression que mon travail était davantage abouti une fois en ligne qu’avec un tirage.

     

     

    La sélection vidéo de François Roux :

    La rue :
    www.youtube.com/watch?v=BhCpfZ3Uxh0

    Le vide :
    vimeo.com/219348568

    Le cosmos :
    www.youtube.com/watch?v=26qoL0uui_Y

    La vibration :
    www.youtube.com/watch?v=-Y44YzIODw0

    Le verbe :
    www.youtube.com/watch?v=osFRYbfiFNc

     

    Propos recueillis par Anna Hess

    • © François Roux

      François Roux, "Œgg", 2016

    • © François Roux

      François Roux, "Passion", 2017